Comment TwinRun calcule un temps
TwinRun ne te compare à personne. Il construit un modèle de toi à partir de tes propres entraînements, puis le déroule sur le profil du parcours que tu soumets. Quatre effets s'y empilent — la pente, la durée, le terrain, les arrêts — et chacun correspond à quelque chose de réel qu'on peut nommer. Aucun n'est un coefficient trouvé en faisant coller des courbes.
Le coût de la pente
PubliéMonter coûte plus cher que courir à plat, et descendre ne rapporte pas ce qu'on croit.
Des chercheurs ont fait courir des athlètes sur un tapis inclinable, de la descente raide à la montée raide, en mesurant l'énergie qu'ils dépensaient. Le résultat, publié par Minetti et ses collègues en 2002, donne le prix d'un mètre selon la pente. TwinRun s'en sert tel quel — et uniquement entre −45 % et +45 %, les pentes réellement testées. Au-delà, plus personne ne sait ce que vaut cette courbe : TwinRun ne la prolonge donc pas, il s'arrête à la dernière pente mesurée.
Reste à passer de l'énergie à la vitesse, et le raisonnement tient en une phrase. Ton corps ne fournit qu'une quantité d'énergie par seconde, et cette réserve ne change pas avec la pente. Si chaque mètre te coûte deux fois plus d'énergie, tu ne peux donc en parcourir que deux fois moins dans la même seconde. C'est tout ce que fait la formule : elle retourne une courbe d'énergie en courbe d'allure.
Un réglage personnel l'ajuste ensuite à ton cas, selon que les montées te coûtent plus ou moins cher qu'aux athlètes de l'étude. Ce réglage ne touche jamais ton allure à plat, et pas par précaution : à pente nulle il s'applique à un rapport qui vaut exactement 1, et 1 reste 1 quoi qu'on lui fasse. Ton allure de référence et ta sensibilité à la pente restent donc deux choses indépendantes.
Forme de la relation, à réglage personnel neutre — ce n'est pas une prédiction. Ta propre sensibilité à la pente déforme cette courbe sans jamais toucher au plat.
La figure montre pourquoi cette courbe ne suffit pas. Descendre coûte si peu d'énergie qu'elle atteint son minimum vers −18 % de pente, et prédirait donc une descente deux fois plus rapide que le plat. Côté énergie, c'est juste. Côté jambes, personne ne le fait : en descente, ce qui t'arrête n'est pas le souffle mais la capacité à freiner, à poser les pieds et à tenir la cadence. TwinRun ajoute donc une limite haute en descente, ajustée sur tes courses — et qui peut descendre sous ton allure à plat si tes sentiers sont très techniques.
Une seconde limite encadre la montée, pour une raison différente. Passé une certaine raideur, ce n'est plus la pente qui te freine mais le nombre de mètres de dénivelé que tu peux avaler par heure — et ce nombre-là plafonne. C'est aussi le moment où marcher devient plus efficace que courir. TwinRun mesure ce plafond directement sur tes montées soutenues plutôt que de le déduire de tes temps d'arrivée : quand on peut observer une chose, il n'y a rien à gagner à la deviner.
L'endurance
Publié + heuristiqueOn ne tient pas sur cinquante kilomètres l'allure qu'on tient sur dix.
En 1977, Peter Riegel a remarqué que les records de course suivaient une règle simple : doubler la distance ne double pas le temps, il le multiplie par un peu plus de deux. Ce « un peu plus » est constant, et il suffit à décrire la perte d'allure d'un coureur quand la course s'allonge.
Sauf qu'en trail, une distance ne dit rien de l'effort : un 50 km avec 3 000 m de dénivelé n'a rien d'un 50 km de route. TwinRun applique donc la règle non pas aux kilomètres, mais à la distance-effort, qui convertit un parcours en sa longueur équivalente sur du plat : à peu près cent mètres de montée pour un kilomètre. La descente compte aussi, un peu moins lourdement — elle abîme les muscles plutôt qu'elle ne consomme de l'énergie.
Un dernier ajustement était nécessaire. La règle de Riegel décrit des courses sur route, où l'on ralentit régulièrement. En trail, la chute est bien plus brutale au-delà du marathon, parce qu'à ce stade ce ne sont plus les poumons qui lâchent mais les muscles. TwinRun accentue donc la perte d'allure sur les longues distances. Le phénomène est documenté, mais les valeurs retenues, elles, ne le sont pas : c'est un choix raisonné de notre part, signalé partout où il intervient, et c'est l'endroit du modèle où nous sommes le moins sûrs de nous.
L'amplitude de cette perte est ajustée sur tes courses ; c'est sa FORME au-delà du marathon qui reste un choix assumé, et la principale incertitude du modèle.
Deux réglages personnels s'ajoutent enfin. Le premier dit si tu perds ton allure plus ou moins vite que cette courbe moyenne. Le second corrige une comparaison qui serait injuste : ton allure de référence est mesurée sur tes entraînements, où l'on se ménage, alors que la règle de Riegel décrit des performances, où l'on ne se ménage pas. Sans lui, TwinRun te prédirait des courses au rythme d'un footing.
Le terrain
HeuristiqueUn sentier technique se court plus lentement qu'une route, à effort égal.
Placement de pied, racines, pierriers, appuis qui dérobent : un terrain difficile allonge le temps, et TwinRun le traduit par un simple multiplicateur. Les valeurs employées sont des ordres de grandeur admis dans le milieu du trail, pas des mesures de laboratoire — et elles sont annoncées comme telles.
Le point important est ailleurs. TwinRun a construit ton modèle sur tes courses passées, qui se sont déroulées sur ton terrain habituel : sa difficulté est donc déjà comprise dans tes réglages personnels. Ajouter le coefficient tel quel la ferait payer une seconde fois. TwinRun ne retient donc que l'écart entre le terrain visé et le tien. Conséquence directe, et voulue : annoncer ton terrain habituel ne change rien au temps prédit ; annoncer plus technique le rallonge.
Les arrêts
Renseigné par toiUn ravitaillement de dix minutes ne rend pas l'allure plus lente : il ajoute dix minutes.
C'est la couche la plus simple et la plus souvent négligée. Le temps passé à l'arrêt s'ajoute au temps de déplacement ; le diluer dans une allure moyenne ferait porter aux jambes ce qui appartient au chronomètre.
TwinRun ne déduit jamais ces arrêts d'une trace GPS : rien n'y distingue « arrêté au ravitaillement » de « en train de marcher très lentement dans un pierrier ». Tu les renseignes, ou une estimation issue de tes courses passées s'applique — et l'application dit toujours laquelle des deux.
Ce que chaque valeur vaut
Chaque paramètre du modèle porte son origine, et cette distinction n'est pas décorative : citer une source publiée pour habiller une constante inventée serait pire que de ne rien citer.
Mesuré et publié dans une revue à comité de lecture. Le coût de la pente et la loi puissance de l'endurance en relèvent.
Un usage établi du milieu, pas un résultat expérimental. La distance-effort en est l'exemple type.
Une valeur choisie, plausible, non démontrée. Elle est signalée partout où elle intervient.
Ajusté sur tes courses à toi. Ces valeurs n'ont aucun sens hors de ton historique, et ne sont donc affichées que dans l'application.
Une fourchette, pas un chiffre
Un temps affiché seul se lit comme une promesse à la minute. Le modèle n'a jamais eu cette précision, et l'annoncer serait se donner rendez-vous avec un démenti.
TwinRun annonce un temps et une fourchette autour de lui. Cette fourchette n'est pas calculée à partir d'une formule de statistiques : elle vient des écarts que TwinRun a réellement commis sur tes courses passées. Pour chacune, on rejoue la prédiction avec un modèle qui n'a jamais vu cette course-là, puis on compare au temps que tu as mis. Les bornes sont ces écarts, rien de plus.
Ce détour est volontaire. La méthode habituelle consisterait à supposer que les erreurs se répartissent en cloche autour de zéro, ce qui donnerait une fourchette symétrique — autant de marge au-dessus qu'en dessous. Or les erreurs réelles ne sont pas symétriques : on se trompe plus souvent en annonçant trop vite qu'en annonçant trop lent. Supposer une forme aurait effacé exactement ce qu'il fallait voir.
La fourchette s'élargit dès que le parcours sort de ce que tu as déjà couru : plus long que ta plus longue course, ou beaucoup plus raide. Et lorsque tes courses sont trop peu nombreuses pour soutenir une borne, TwinRun ne l'affiche pas du tout plutôt que de l'inventer — l'application dit alors ce qui lui manque pour le faire.
Les limites, telles quelles
C'est la partie la plus utile de cette page. Un modèle dont on connaît les angles morts se corrige ; un modèle qui n'en déclare aucun se contente d'avoir l'air sûr.
- Aucune notion d'altitude. Une course à 2 500 m et une course au niveau de la mer sont traitées identiquement. Les courses de haute montagne sont donc prédites trop rapides.
- Les formats courts sont sur-estimés. Le terme d'intensité de course ne suffit pas à décrire l'allure tenue sur moins d'une heure.
- Météo, poids porté et technicité réelle ne sont pas modélisés. La température a été testée puis écartée, faute d'une mesure exploitable : le capteur d'une montre et une prévision météo ne mesurent pas la même grandeur.
- La forme de la décroissance d'endurance reste une heuristique. Son amplitude est calibrée sur toi ; sa forme au-delà du marathon n'est validée par aucune publication.
- Tout cela ne vaut que dans le domaine de tes courses passées. Un objectif nettement plus long que tout ce que tu as couru en sort — le modèle devinera au-delà de ce qu'il a pu vérifier, et l'application te le dira plutôt que de le taire.
Tes chiffres sont dans l'application
Rien de ce qui décrit la justesse d'un jumeau ne figure sur cette page, et c'est volontaire : ces valeurs dépendent des courses de la personne sur laquelle le modèle a été calibré, et ne veulent rien dire hors d'elles. Les tiens apparaissent dans l'application une fois ton historique importé et tes courses marquées — mesurés sur tes sorties, dans ton domaine, et nulle part ailleurs.